Rappelons d'abord ce qui devrait être une évidence,
on ne peut pas bien communiquer en externe si on ne communique pas bien en interne.
Danone est peut-être un bel exemple de grande réussite en terme de
communication externe mais c'est aussi un magnifique désastre de la communication
interne qui s'est traduit par une catastrophe pour l'image de la marque : Danone
ne fait plus partie des marques préférées des Français.
Dans les entreprises qui réussissent, les gens communiquent entre eux.
Et au-delà de la communication, ils n'agissent pas seulement en fonction
de leurs missions mais aussi en fonction de leur contribution. Ils essaient d'évoluer
ensemble car l'entreprise n'est pas un empilement mais un réseau de compétences.
La communication interne a ce rôle : développer le sens du collectif.
Si la communication n'a pas de finalité humaine, elle ne sert à
rien. Si le communicant n'a pas d'éthique, il devient un outil de la propagande
économique.
Communication
interne : situation
L'objectif global de la communication
interne consiste à récolter puis à diffuser, à communiquer,
des informations pour permettre à l'entreprise et à ses acteurs
internes d'exister. Ces informations peuvent avoir pour origine la rumeur. Radio
Moquette est un bon indicateur de l'état de la communication dans une organisation.
Le besoin d'informations tient compte des différents événements
qui se déroulent dans le temps. Il varie selon les lieux et les contextes,
tous les services n'ont pas les mêmes demandes. Il est différent
en fonction des cibles qui peuvent être nombreuses : l'encéphalogramme
d'une entreprise n'est jamais plat. L'offre doit répondre à plusieurs
impératifs : être régulière, adaptée et accessible
en permanence. Le travail sur la forme est un éléments essentiel
de la communication interne. Informer tout en communiquant n'est pas forcément
chose facile et il s'agit de trouver un juste milieu entre l'information (la transmission
brute de données qui concerne l'organisation) et la communication (la mise
en situation des données avant leur transport vers les publics de l'organisation).
Informer ne suffit pas surtout dans des dynamiques de changement

La
communication interne est au service de la stratégie d'entreprise
Les salariés sont aujourd'hui des acteurs de l'entreprise. Il n'est plus
possible de les mobiliser sans les tenir informés des objectifs économiques,
financiers, sociaux, politiques, éthiques et culturels. Les démarches
projets qu'ont entamées beaucoup d'entreprises leur permettent de mobiliser
tous les partenaires, y compris ceux qui ne travaillaient pas forcément
ensemble. Les chargés de communication participent à la mise en
place des projets. Et s'ils n'y participent pas, ils doivent tout mettre en uvre
pour connaître les origines de la stratégie, les événements
qui la modifient, le contexte socio-culturel, etc. Sans cela, le risque est grand
de ne communiquer que des finalités alors que la transmission du sens du
projet est primordiale. Nous ne pouvons pas nous approprier ce que nous ne comprenons
pas. La démarche projet est donc déjà un acte de communication
et la communication interne a en charge de fabriquer les supports et de trouver
les médias pertinents pour véhiculer la stratégie.
La communication
interne accompagne le management
Les organisations
tayloriennes comme les organisations pyramidales ne sont pas franchement concernées
par des problèmes de communication. On pourrait aller jusqu'à dire
qu'elles se contentent d'informer se situant dans le strict schéma de la
communication où il y a un destinateur qui émet un message et un
récepteur qui reçoit (ou pas) un message. La communication y est
mécanique et se préoccupe peu de l'impact.
Les organisations
cellulaires ou en réseau ont une toute vision de la communication puisqu'il
y est question de relations, de dialogue et d'écoute : pour approfondir
ce point, consultez la page les hommes ne sont pas
des téléphones. Savoir informer et savoir communiquer sont des
compétences que doivent posséder les managers. Pour cela, ils ont
besoin d'être aidés dans leurs rôles de communicants aussi
bien d'un point de vue logistique que d'un point de vue organisationnel. Dans
ces organisations complexes où la ligne hiérarchique est réduite,
la communication interne fonctionne aussi comme un centre des ressources communicationnelles,
centralise les supports, établit les chartes graphique et rédactionnelle,
décloisonne les services et les secteurs d'activités, facilite les
transferts d'expérience

La
communication interne anime le réseau et mutualise
La communication interne met en commun un langage, une culture, les valeurs. La
culture d'entreprise est une notion qui apparaît dans les années
80 en France. Importée des Etats Unis, elle intervient à un moment
où le modèle classique de l'entreprise familiale a de moins en moins
cours. Il s'agit alors de trouver une autre relation d'appartenance à l'entreprise
puisque la relation au père / chef d'entreprise est obsolète. Père
ou culture d'entreprise, il est très important pour les salariés
d'avoir des points de référence en terme d'image. Cette réflexion
autour de la création d'une identité propre à l'entreprise
peut être poussée encore plus loin et on peut imaginer que chaque
service dispose également de sa culture propre. Cette culture d'entreprise
est suscitée bien sûr par l'histoire de l'entreprise, par les Hommes
qui font l'entreprise, des salariés aux cadres, par les événements
(EDF a intégré dans sa culture son exceptionnelle mobilisation lors
de la tempête de 1999)
Quand Jean-Marie Meyssier multiplie les passages
dans les médias, c'est en tant que PDG du groupe Vivendi mais c'est aussi
pour véhiculer une culture d'entreprise auprès des salariés
qui, sans cela, pourraient avoir l'impression d'être noyés dans une
multinationale sans âme, sans valeurs, sans histoire, qui n'existe que dans
les cours de la Bourse, etc. On peut facilement imaginer les remous qui ont dû
se produire dans Canal Plus, où la culture d'entreprise semblait très
forte, quand Canal Plus est passé dans la galaxie Vivendi. En tout cas,
on mesure mieux ici l'importance de la communication interne qui va mettre en
scène la culture de l'entreprise qui va s'incarner dans le journal interne,
les livres ou les musées d'entreprise.
Chaque organisation s'invente
un langage (un certain code vestimentaire dans les start up) et entretient des
rituels (les pots d'arrivée, les départs à la retraite, les
arbres de noël, les repas en commun).

La
communication interne et ses limites
Réceptionner un message et adhérer à un message ne va pas
forcément de pair. Dans les entreprises de type pyramidal, on ne se pose
guère le problème de l'adhésion. Dans les autres organisations,
il faut s'interroger sur la production de messages qui ne s'accompagne pas d'une
action. En clair, la communication ce n'est pas du vent, elle doit s'incarner
dans des faits, des actions visibles, des situations réelles.
La
culture d'entreprise ne peut pas être perçue comme une tentation
fusionnelle. Il ne s'agit pas par exemple de fabriquer une culture d'entreprise
artificielle. C'est pourquoi on doit s'interroger sur le modèle que véhicule
certaines start-up où l'entreprise devient aussi un lieu de vie avec par
exemple des lave-linge mis à disposition, des baby foot ou des jeux vidéo
dans les salles de repos. Que se passera-t-il dans ces entreprises quand elles
seront confrontées à une crise interne ? La communication interne
n'a pas pour mission d'infantiliser, d'aliéner, de manipuler, de nourrir
la propagande, de servir la langue de bois. Elle met en place un langage commun
en organisant les relations entre l'individu et l'entreprise
Elle n'écarte
pas de son champ d'action les désaccords, les ruptures, les conflits et
les crises, sachant qu'il n'y a pas pire crise que la non-crise. Elle n'a pas
pour prétention de régler les conflits mais elle contribue à
créer un climat où il fait bon travailler
